L’eau, cet élément à la fois si doux et si violent. Doux comme le clapotis des vagues créé par ce bateau qui file au grès de l’eau. Violent comme cette force destructrice de l’océan, qui peut parfois se réveiller et rappeler à tout homme que la nature restera toujours incontrôlable. Et pourtant, sur les « Backwaters » du Kerala, point de colère, point de doutes, tout appelle à la quiétude…

Après une après-midi passée à dériver lentement, à voir les paysages se succéder, ce vert luxuriant omniprésent, ces sourires volés au coin d’un visage rieur croisé un peu trop vite sur la rive, les canaux se parent de cette teinte si particulière. Le soleil couchant à l’horizon laisse exploser ses rayons chauds et orangés, presque brûlants et si captivants…

Alors que la nuit se prépare à les envelopper de sa douceur réconfortante, les bateaux se rangent peu à peu sur le bord de la rive, laissant ainsi la place aux bruits de la nature et des quelques humains dans les parages. De ci, ces petits chats abandonnés aux airs si chétifs. De là, le bruit des cuisiniers s’activant pour préparer le souper. Le bruissement des feuilles de palmier au loin.

Au milieu de cette douce quiétude, seulement le son d’une légère foulée vient perturberl’équilibre ainsi fragilement établi. Celui de cette jeune fille courant pieds nus, vêtue d’une simple petite robe se soulevant légèrement au grès du souffle chaud du vent, son appareil photo en bandoulière. Acrobatiquement échappée par la fenêtre de sa chambre parce que l’avant de son bateau était garé trop loin du bord, une seule chose lui importe.

Être libre, se sentir voler, légère comme une plume. Peu importent les regards amusés des équipages la voyant passer dans cet étrange accoutrement. Peu importent les moustiques qui essayent de se régaler de sa peau sucrée ou les herbes hautes tentant de la faire trébucher… Non, ce qui compte, c’est ce moment. Cet instant précis où la sensation d’être seule au monde est tout ce qui a une quelconque valeur.

Cette douce satisfaction d’arriver juste à temps dans le champs aux herbes folles. Ce sentiment d’accomplissement d’être le témoin privilégié des dernières lueurs du jour qui disparaissent derrière les palmiers, lorsque le ciel s’embrase de ces mille couleurs chaleureuses. C’est pour ça qu’elle vibre. C’est pour cela qu’elle vit. Ces instants volés qui n’appartiennent qu’à elle.

Comme ce lever de soleil au petit matin quelques heures plus tard, alors que la vie peu à peu s’éveille et reprend ses droits, doucement accompagnée par les timides rayons d’un soleil paresseux. Tranquillement, sans courir, la journée se prépare : ce pêcheur dans sa barque au loin, le chauffeur du bateau fidèle à son poste, chacun trouve sa place pour ce nouveau jour qui s’apprête à commencer…

Ainsi s’écoule la vie au fil de l’eau sur les « Backwaters », toujours surprenante, jamais décevante. Tel un havre de paix gardé secret, par crainte de ne le voir troublé. Incitant tout à chacun à profiter de cette douceur de vivre, de cette quiétude si particulière qu’on aurait jamais pu ne serait ce que penser trouver au cœur de ce pays en constant mouvement qu’est l’Inde…

Aller viens, je t’emmène…